vendredi 4 septembre 2015

The Smokin' Days


Ceux qu'on lit : "Souviens-toi, Vernon..."


Souviens-toi, Vernon, on entrait dans le rock comme on entre dans une cathédrale, et c'était un vaisseau spatial, cette histoire. Il y avait des saints partout on ne savait plus devant lequel s'agenouiller pour prier. On savait qu'une fois les jacks débranchés, les musiciens étaient des humains comme les autres, qui faisaient caca, qui se mouchaient quand ils chopaient la crève, mais ça ne changeait rien. On s'en foutait des héros, ce qu'on voulait c'était ce son. Ça nous transperçait, ça nous terrassait, ça nous décollait. Ça existait, ça nous a tous fait cette même chose au départ : merde, ça existe ? C'était trop large pour nos corps. Des jeunesses au galop, on ne savait rien de la chance qu'on avait... Je me souviens du type qui m'a montré sur un manche les trois accords de Louie, Louie et j'ai réalisé qu'avec ça, je pouvais jouer presque tous les classiques. Quand tu avais de la corne au bout des doigts pour la première fois, c'était comme décrocher ton CAP. Le premier morceau que j'ai su jouer en entier, c'était She's Calling You. Ça m'a pris un été. C'était une guerre qu'on faisait. Contre la tiédeur. On inventait la vie qu'on voulait avoir et aucun rabat-joie n'était là pour nous prévenir qu'à la fin on renoncerait. Quand j'avais seize ans, personne n'aurait pu me faire croire que je n'étais pas exactement où je devrais être. Dans un camion G7, assis sur la route, à grelotter avec six potes sans être sûrs d'avoir mis assez d'essence pour rentrer mais aucun d'entre nous n'était troublé par le doute. C'était "la dernière aventure du monde civilisé". Le reste, tu te souviens, c'était pas tabou, on n'était pas énervés contre qui que ce soit : le reste, ça n'existait pas. On a vécu nos jeunesses dans des bulles en acier blindé. Il y avait des alchimies d'enthousiasme, des choses dont on ne connaissait encore rien des revers, on se trouvait des surnoms, tout était intéressant, même les trucs les plus cons. "Est-ce qu'on joue demain ?" c'était la seule question que je me posais. On vivait dans le larsen des micros ouverts, le chuintement du jack qu'on branche, la chaleur des projos, faire la première partie des Thugs et trouver des tickets conso constituait l'essentiel de notre aventure, et ça nous remplissait. (...) Je ne savais pas que ça ne durerait pas. On appelait ça le réseau, on était au top du pro quand on avait un répondeur automatique, ceux qui avaient un fax étaient des dieux de la communication. Aucun d'entre nous ne rêvait d'aller acheter de la viande ou de se payer des vacances, il n'y avait que les surfeurs qui s'occupaient des trucs de plage, nous on restait en ville, là où il y avait des concerts. Ce n'était pas un sacrifice - on se foutait du reste. (...) On allait en Italie en Allemagne en Suisse en Hongrie en Espagne en Angleterre en Suède, tout ça dans des camions pourris, et on était les rois de ce monde. Plus tard est venu un monsieur rock à la culture, on a commencé à entendre parler subventions, à voir de belles salles s'ouvrir qui ressemblaient à des MJC de luxe, on a vu des mecs se pointer qui savaient monter des dossiers, qui parlaient le langage des institutions, ils étaient plus articulés, plus malins. On a commencé à remplir des papiers. Le CD a remplacé le vinyle. Les 45 tours ont disparu. Ça n'avait l'air de rien. On savait, et on ne savait pas. Chaque chose, prise une par une, était anecdotique. On n'a pas vu venir le truc d'ensemble. Et ce rêve qui était sacré a été transformé en usine à pisse. C'est l'histoire de Cendrillon : une pédale fuzz avait transformé nos citrouilles en carrosse, et là minuit avait sonné. On retrouvait nos haillons. Plus rien ne nous appartenait. Nous devenions tous des clients.

Extraits des confessions d'Alexandre Bleach dans Vernon Subutex 2 de Virginie Despentes. Editions Grasset, 2015.

mercredi 2 septembre 2015

Belle (de) nuit


Pour glisser dans la nuit sur une touche de glam', retrouvons notre vieille copine Mamie Van Doren qui propose sa méthode infaillible : Go Calypso Go !
L'image est tirée d'une brève séquence de Teacher's Pet - avec Doris Day et Clark Gable - dansée et chantée par notre Mamie.

lundi 31 août 2015

The Night is calling


La grande vie, oui mais avant elle aura assisté au concert de Mark Lanegan+Band* à la salle des fêtes de Plainpalais de Genève.
Un titre que j'ai pas mal écouté sur mon lit de douleur.
Belle nuit

* Ce soir dès 21h.

dimanche 30 août 2015

Rock et doc'



J'ai suivi avec grand intérêt le portrait documentaire en deux volets consacré par Martin Scorsese à George Harrison. Sous le titre Living In A Material World, le réalisateur nous fait redécouvrir le plus discret des Fab Four qui dissimulait derrière une amabilité souriante son âme inquiète, troublée et sombre que la colère venait parfois bouleverser et qu'il apaisait par la quête mystique mais aussi la passion amoureuse, la drogue et le bon vieux rock'n'roll.

Photo du haut : Trois Beatles à Hamburg saisis par Astrid Kirchherr. George est en haut à gauche. Ci-dessus : Martin Scorsese par Max Aguilera Hellweg

samedi 29 août 2015

Ceux qui nous quittent : Dieter Moebius




Ce matin en feuilletant le N° de Rock&Folk de septembre, j'ai appris la disparition de Dieter Moebius le 20 juillet dernier. Il y a quelques jours, j'avais ressorti des albums vinyl de cet authentique pionnier héros de la musique électronique allemande, notamment au sein d'Harmonia ou de Cluster, ici dans Grosses Wasser. (1979) En hommage à Herr Moebius, je vous propose Welcome (to electronic paradise ?) avec Eno qui avait toujours les esgourdes là où il fallait au milieu des 70's et Dino, un titre extrait de Musik von Harmonia sorti en 1974.
Si ces compositions ne vous parlent pas, je vous invite à vous laisser emporter par les nombreux titres disponibles sur YT pour une longue digression électronique...

vendredi 28 août 2015

The Smokin' Days


Une ambiance lounge fin 50's début 60's dans le style penthouse playboy pour ces vinyl addicts qui ont décidé de débuter le ouikend vendredi à midi.
Sur la platine, Sittin' & Drinkin' de et par Christine Kittrell que l'on retrouve également dans I'm A Woman, un titre de 1962 composé par Leiber et Stoller. 

mardi 25 août 2015

Dans ma boîte @ mails




Yaya nous propose une version assez improbable du classique des Kinks par Bob Smart & The Hightlights Singers. Si vous pensez que je l'ai retenue à cause du nom du band, vous avez tout juste. Quel blaze !

Photo : Miss Vikki Dougan en pleine crise vinyl addict.

samedi 22 août 2015

The smokin' days


(Douze jours sans tabac.)

Willy DeVille

Je voulais scanner quelques images et déposer un extrait du roman de Miss Despentes, rien de bien compliqué, un truc élémentaire, mais j'ai calé lamentablement. Inquiet, j'ai demandé à l'un des (bons) docs qui suivent ma rééducation si ces coups de mou étaient normaux. Après un infarctus, l'affect déguste sévèrement : coups de déprime, impression de vacuité, mélancolie aggravée... Il ne faut pas s'inquiéter, c'est normal. Alors si c'est normal, à plus tard.

Just for fun


Les pages Flashbak (sic) du site britannique Anorak offrent des visuels anciens aux petits oignons comme cette créature demandant des comptes à Eugene Bilbrew, son créateur probable.
La maladresse du trait renforce l'impression de dessins exécutés entre deux commandes sérieuses. Les perspectives et les proportions sont souvent approximatives et pourtant le charme désuet de ces illustrations coquines opère, en tout cas chez moi.
Just for fun

Petit Déj'




Pour débuter en douceur devant un solide petit déj' et décrasser ses oreilles de toutes les daubes encaissées en 24h, je vous propose I've Got Love If You Want It par Slim Harpo dont le blues minimaliste mettait en transe les jeunes gandins britanniques et soniques au début des 60's. (Mick Gégère, Eric Burdon, Van Morrison, Stevie Windwood und so weiter.)

Photo du bas : Larry Niehues

vendredi 21 août 2015

The smokin' days


- Snif !

Le stress, je peux contrôler... L'alcool n'a jamais été un problème... Je mange (assez) équilibré sans en faire tout un plat (!)... C'est le tabac qui me manque, le soir surtout. Alors je m'accroche en tirant sur ma nouvelle plume à vapeur. Virginie Despentes fait dire à un des personnages de Vernon Subutex que la cigarette électronique ressemble à une Mont-Blanc. Pas faux. L'image d'un troupeau de bobos suçotant leur porte-plume en descente de coke est assez croquignolette. ;) Je déposerai un extrait de son roman ce ouikend. (Coups de pompe sur coups de mou, j'ai pas pu embrayer. Ce sera pour la semaine à venir. Sorry.)

Sur la b.o., When I Come Home, du funk live en fusion par Sharon Jones et ses boys.

jeudi 20 août 2015

Ceux qui s'exposent : FFS en concert



Glamour toujours !

The Sparks et Franz Ferdinand (FFS) seront ce soir sur la grande scène du festival Pully For Noise à côté de Lausanne. En temps normal, j'aurais sans doute secoué ma flemme pour assister à l'affaire. En temps normal... Sur l'album du super groupe, j'aime bien The Call Girl que je dépose dans la b.o.

mercredi 19 août 2015

Toto aime l'art : transports


Gino Severini, Train de banlieue entrant dans Paris, 1915
Sur la b.o.: In The City. Je réécoute The Jam ces jours. Ils me font du bien.

mardi 18 août 2015

Ceux qui nous manquent


Herman Brood, Berlin Schmerzst

Ich hab ein koffer der steht in Berlin 
Deswegen far ich da immer wieder hin 
Ich hab so’n heimwee nach der Kurfurstendam 
Berliner tempo musik und tamtam 
Kreuzberg weint aufs Damenkloo 
Neue welle auf die schnelle video sowieso 

Ach komm kleiner mann was guckst du mich an 
Da draussen dreht die welt 
Genau wie bei uns in Amsterdam 
Warum weinst du kleiner Berliner 
Heute abend gehts wieder losz 
Frische gesichte dunkle gesichte auf Bahnhof zoo 
Alles kommt wieder gut 
Nur unsere liebe nicht 
Neue welle auf die schnelle 
Marmo stein und eisen bricht 

Berlin schmerzst...

Photo : Erich Lessing

lundi 17 août 2015

dimanche 16 août 2015

The smokin' days


Accident cardiaque oblige, j'ai arrêté de fumer* depuis une petite semaine. J'en bave mais je ne suis pas et ne serai jamais un de ces repentis du tabac intolérants. Tant qu'on ne me marche pas sur les boots, vivre et laisser vivre reste ma ligne de conduite.
Dans le jukebox, une petite capsule de northern soul avec Patrice Holloway
Bon dimanche

* Le tabac est LE facteur aggravant avec les cons, facteur de stress, qui heureusement ont tendance à s'auto-épurer dans le coin cet été. Voilà une convalescence qui s'annonce plutôt bien. De toute façon...

vendredi 14 août 2015

Mes copines pom pom girls...



... Dansent la ronde de la vie parce que ça été tangent : infarctus du myocarde. J'en ai profité pour lire les deux volumes de Vernon Subutex de Virginie Despentes, un grand roman français qui me donne envie de réécouter des titres sérieux. Je me retape et j'en parle. D'ici là, prenez soin de vous. Sans charre !
Sur la b.o., The Jam live en 1977. Avec les années, je trouve que le gang à Paul Weller tient bien la distance, mieux que certains groupes très (trop ?) typés 1977. Parce qu'ils écoutaient des classiques rock et soul et refusaient l'étiquette punk ? Perhaps...

Photo : Garry Winogrand

dimanche 9 août 2015

Belle (de) nuit


Berlin, 1958 : striptease devant un film muet de Chaplin au Kino Club par Burt Glinn.
Source
J'ai un peu ramé pour la b.o., mais au final je suis ravi de pouvoir déposer un lien vers Killer de Sparkle Moore, une authentique chanteuse rockab' avec sa superbe pompadour volée par Brian Setzer.
Un autre ? Un autre.

Just For Soul


Sur la b.o. dominicale, on retrouve Mary Wells avec You Beat Me To The Punch.

vendredi 7 août 2015

Ceux qui nous quittent/Pop suprême




Je ne connaissais pas Liverpool Lullaby par Cilla Black. Quand j'ai appris qu'elle avait rejoint le paradis pop, j'ai rafraîchi ma mémoire en réécoutant quelques uns de ses titres. Cette berceuse de Liverpool est une accroche agréable pour lancer mon billet.
L'ex protégée des Fab Four, la petite fiancée de Liverpool  - l'expression the girl next door semble avoir été créée pour elle - devint une icône britannique pop durant les 60's. Sa reprise de Anyone Who Had a Heart * composé par Burt Bacharach pour Dionne Warwick la propulsa en tête des charts d'outre-Manche l'année 64. Après la chanson, elle fit de la télé comme animatrice, obtenant là aussi un véritable succès populaire grâce à ses shows qui rassemblaient des millions de téléspectateurs. Une mini série biopic' a même été produite avec Sheridan Smith dans le rôle de Miss Black. Elle avait pris sa retraite en Espagne où elle nous a quittés le 2 août dernier.

* Bloquée pour la Suisse. Et ailleurs ?

mercredi 5 août 2015

Just For Swing


Je cherchais de bons enregistrements numérisés de Count Basie. Réunis par Alain Gerber -  qui signe également le livret - sur un double CD, les titres de The Quintessence, New York - Chicago, 1937 - 1941* du Master of swing tournent en boucle depuis deux semaines. Pour sauter dans la nuit, je vous propose Jumpin' At The Woodside suivi de Dance Of The Gremlins puis Swingin' The Blues.
Voilà ce que c'est, on claque les doigts, on esquisse un pas de danse, on se confectionne un coquetèle et on oublie de mentionner les éléments informatifs : l'illustration est le visuel d'une pub années 60 pour un fabricant d'électro-ménager néerlandais très connu. Une info bouleversifiante, j'en suis conscient. ;) Franchement, on s'en tamponne le coquillard du moment que le swing règne...

* Sur l'excellent label Frémeaux et associés

mardi 4 août 2015

Les pochettes de la semaine





Petit hommage pour15minutes au compositeur, arrangeur et chef d'orchestre Frank DeVol.
Source scans
En prime, la bande originale de Krakatoa - East Of Java.
Et pour rebondir sur le commentaire de 16mmfilmcollector - il anime un blog gourmand consacré au cinéBis et autres films de genres -, un extrait de Caprice ou Opération Caprice pour la vf en 1967 dont Frank DeVol a aussi composé la b.o. Dans cette séquence, Doris Day porte une paire de lunettes qui justifient à elles seules sa vision.